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Interview avec Hendrickx Ntela : une figure incontournable de la scène krump.

Interview avec Hendrickx Ntela : une figure incontournable de la scène krump.

Hendrickx est accompagnée par Get Down depuis quatre ans. Après la diffusion de sa première création Blind, elle prépare deux autres créations. Interprète, chorégraphe, danseuse et activiste, elle s’est imposée par une danse expressive et engagée, qu’elle transmet aussi à une nouvelle génération. Nous l’avons rencontrée pour revenir sur son parcours, Blind,et parler de ses prochaines créations Féex et Nùsa .

Hendrickx a commencé la danse à 16 ans un peu par hasard. Elle a essayé après avoir vu des gens danser à la maison des jeunes. Son professeur l’a tout de suite encouragée à continuer, même si ses parents n’étaient pas partants au début. Elle a ensuite découvert le hip-hop, mais on lui répétait souvent qu’elle avait “trop d’énergie” et qu’il fallait la canaliser. Très timide, elle a trouvé dans la danse son moyen de s’exprimer.


Comment est née ta rencontre avec le Krump ? 

Hendrickx : “Un jour, à la télévision, j’ai vu des krumpeurs danser le krump après l’attentat de 2018 à Liège, en hommage aux victimes. La représentation m’a directement marquée, je me reconnaissais totalement dans cette énergie.”

“J’ai retrouvé l’un d’eux sur Facebook et je lui ai demandé d’apprendre le krump. À la première session, le groupe m’a montré les bases en dix minutes, puis ils m’ont lancé directement dans un cypher. Je venais du hip-hop, je ne savais pas “krumper”, mais j’y suis allée. Tout le monde m’a encouragée, j’ai reçu une force et une bienveillance immédiate, je n’avais jamais ressenti cette sensation.”

“Là, j’ai compris, je pouvais lâcher toute mon énergie sans être jugée. J’ai su que c’était du krump que je voulais faire.” 


Un engagement qui perdure

Cela fait maintenant 13 ans qu’ Hendrickx pratique le krump et qu’elle est active dans ce milieu. Elle contribue à faire avancer le mouvement en Belgique et à l’international, sur scène comme en battle underground.

Hendrickx : “Au début, j’ai travaillé avec des lieux comme le Théâtre de Liège et le Zinnema, et j’ai commencé à comprendre que je pouvais structurer une vraie démarche de création. Le déclic, a été la formation 1000 Pièces Puzzle (formation créée par Cindy Claes), après avoir gagné le concours, le soutien financier m’a permis de lancer ma première création vers 2015. Ensuite, j’ai enchaîné projets et formations, avec l’accompagnement de Lezarts Urbains (notamment Flora Chassang), ce qui a professionnalisé mon écriture et fait grandir mes idées.”

En parallèle, son parcours en battle s’est accéléré : elle a été double championne du monde du battle EBS dans une catégorie et trois fois finaliste. Ensuite, tout s’est aligné, elle est devenue artiste associée au Théâtre National, a collaboré avec Alesandra Seutin et Séverine Chavrier, et a travaillé sur des projets plus commerciaux (Camille Lellouche, Fresh La Peufra, The Chemical Brothers)


Qu’est-ce qui t’a poussé à faire une création ?

Hendrickx : “J’ai toujours eu envie de créer, d’aller plus loin. Le jour où j’ai compris qu’on pouvait faire des spectacles pour exprimer des thèmes, des questions de vie, des choses qu’on ne sait pas forcément faire en battle. Je me suis dit : OK, là, je peux vraiment raconter quelque chose.”
“Je ne suis pas quelqu’un qui s’exprime facilement, mais sur scène, c’est différent, il y a un public, une histoire à transmettre, un sens à faire passer. En battle, tu es face à un adversaire, l’objectif n’est pas le même. Et justement, j’aime ces deux formats, hyper différents, mais complémentaires dans ma manière d’être artiste.”


“Lorsque j’ai compris cela, j’ai su que je voulais créer. Et j’ai également découvert que la création, n’était pas uniquement des lumières et de la danse, c’est un vrai processus, parfois long. Alors autant le faire avec des sujets qui me tiennent à cœur. Si je peux faire du bien, ouvrir des questions, faire réfléchir avec mon art, j’ai tout gagné.”

Comment est née « Blind » ta première création ? 

Hendrickx : Blind est née d’une discussion. Je crée souvent comme ça, en parlant avec mes proches. Pour moi, il était essentiel que le sujet concerne toute la compagnie Konzi. Quand tout le monde est impliqué, on travaille mieux et on va plus loin.”
“Pour Blind, il y avait déjà ce questionnement : à quel point on est manipulé.e.s. Le système te dit comment vivre, penser, fonctionner, parfois au point de ne plus savoir si tu réfléchis vraiment par toi-même. La vraie question, c’était : est-ce qu’on a encore un esprit critique ? Est-ce qu’on prend le temps de penser par nous-mêmes ? À l’époque, le co-chorégraphe Pierre Dexter Belleka vivait en Afrique et moi en Europe, deux réalités différentes, mais le même constat. On avance, on suit… Sans toujours se poser de questions. D’où le titre Blind : Nous sommes acteur.rice.s de nos vies, mais nous avançons parfois à l’aveugle. La création a été un gros processus, notamment sur le plan musical, j’ai travaillé avec les musiciens Joshua Twambi, Jeanel Ambrosio, Thierry Massenba et le beatmaker Morf Muzik pour recréer toute la bande-son. Et là aussi, je ne voulais pas qu’ils soient “juste” là pour faire de la musique, on a discuté ensemble du thème, et nos discussions ont nourri la pièce.”

Blind a été créé en 2022 et tourne aujourd’hui depuis quatre ans, en Belgique comme à l’international. En Belgique, le spectacle est notamment passé par le Théâtre National Wallonie-Bruxelles, Charleroi danse, le Théâtre de Liège et de Singel à Anvers. À l’étranger, il a été présenté au FLOW à Lille, à La Villette à Paris, au Summer Dance Forever à Amsterdam, ainsi qu’au San Francisco International Dance Festival.


Peux-tu nous parler de tes projets à venir ? 

Hendrickx : “Là, je suis sur une phase très concrète : j’ai deux projets de création qui arrivent, Féex et Nùsa

Féex, veut dire “vide” en wolof, et Nùsa, “sentir” en swahili. 

Féex, est presque composée de la même équipe que Blind, on est trois autour du projet, avec des artistes, comme Israël Ngashi, Arias Fernandez et moi en tant que chorégraphe et interprète. Et tout part de nos discussions : dans les loges, en mangeant, partout. On parlait tout le temps de spiritualité, de ce qu’on a vécu, de ce qu’on a ressenti. On n’a pas tous les mêmes convictions et c’est normal. Féex, vient de là : cette obsession commune pour l’invisible ce qu’on ressent, ce qui existe peut-être selon nos croyances et l’idée, c’est de mettre ça en clé, de le rendre tangible sur scène, sans imposer une vérité.

Et puis il y a Nùsa, sur laquelle je serai uniquement chorégraphe. Nusàest complètement différente, là, il y aura cinq femmes, uniquement. Le projet est inspiré de l’histoire du Bataillon 6888 : des femmes afro-américaines envoyées en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale pour réorganiser et faire circuler le courrier des soldats, un travail essentiel longtemps ignoré et redécouvert seulement récemment, notamment à travers le film “Messagères de guerre”. Ce film m’a touchée parce que je suis très inspirée par le cinéma, et mes créations ont un côté cinématographique, que ce soitBlind, Feixou Nùsa. Je me suis reconnue dans cette idée qu’il y a beaucoup de choses que les femmes font et qui sont oubliées, effacées, ou juste pas mises en avant. Nùsaparle de cet aspect, de la transmission, du ressenti, de la manière spécifique de comment les femmes perçoivent les choses et c’est précisément ça que je veux mettre au centre.

La transmission est aussi dans le casting, sur Nùsa, je travaille avec 5 femmes que j’ai vu grandir, que j’ai formé et accompagné. C’est une manière de pousser la relève et de mettre en lumière des artistes en Belgique qui n’ont pas toujours les opportunités, repérer, soutenir, ouvrir des portes, ça fait partie de mon rôle.” Ces deux nouvelles créations entrent en phase de pré-production, avec une trajectoire prévue entre fin 2027 et 2029. En parallèle, l’équipe construit le montage de production et ouvre des discussions avec plusieurs partenaires, dont Les Brigittines, le Théâtre de Liège, Schouwburg Kortrijk, le KVS, le Théâtre National Wallonie-Bruxelles et Theater Rotterdam.

Pourquoi as tu décidé de mettre en scène le krump ?

Hendrickx: “J’ai été parmi les premières personnes à amener le krump sur la scène chorégraphique belge, mais moi je voulais aller plus loin, faire du 100% krump, sans le changer, pas une “inspiration krump”. La musique devait être krump, faite par des krumpers. La danse devait rester krump. Et le chorégraphe aussi krumper. Si la création m’a parlé, c’est parce qu’en battle, tu n’as pas le temps. Sur scène, tu peux déployer, raconter, construire un propos. Et comme je me considère activiste du mouvement, je me suis dit si “je le fais, je le fais à fond.”

Hendrickx veut créer sans dénaturer. Sans avoir besoin de “faire plus contemporain” pour que ça soit plus accepté par les théâtres. Le mouvement, la manière de chorégraphier reste krump. Elle peut être ouverte dans l’écriture, parce que l’écriture est propre à chacun, mais le geste, lui, elle l’a toujours voulu krump.


Travailles-tu également sur d’autres projets en tant qu’interprètes ?

Hendrickx: “Oui, si, je suis également interprète dans d’autres créations en parallèle de mes propres projets. En ce moment, je tourne avec une pièce de Séverine Chavrier, qui est metteuse en scène et directrice de la Comédie de Genève et c’est une grosse production, ce qui me prend énormément de temps. J’étais aussi censée être sur la pièce d’Alessandra Seutin, mais j’ai été blessée, donc je n’ai pas pu la faire comme prévu. J’ai également un projet avec Grichka Caruge qui est un peu en arrêt, à côté de ça je tourne avec Révolta, une pièce avec 50 musicien.ne.s classiques et quatre danseur.euse.s, la pièce a tourné l’année passée et ça va continuer à tourner. En juin, je lance une nouvelle création en solo avec quatre musiciennes classiques. Je serai seule sur scène avec elles, et on prépare une première présentation en juin, avant une tournée qui est en train de se mettre en place dans la foulée..”



En quoi est-ce important pour toi d’être dans le monde du battle et de la création ?

Hendrickx : Juger m’apporte un truc que la création ne peut pas remplacer, ça me garde connectée à ma base. Le battle, c’est le monde street, c’est là où j’ai appris et où je me suis construite. C’est aussi une question de crédibilité, dans le krump, dans le hip-hop, c’est pas parce que tu fais des créations que tu es crédible et qu’on va t’inviter en battle. En battle, tu es invité.e parce que tu fais tes preuves, parce que tu es actif.ve, et que tu continues à exister. Bien sûr les gens regardent aussi ton parcours dans sa globalité : est-ce que tu transmets, est-ce que tu fais bouger la scène dans ton pays, est-ce que tu apportes quelque chose au mouvement. Mais moi, je le fais parce que c’est mon monde d’origine, c’est ma source. La création m’a permis de développer mon écriture et d’ouvrir d’autres horizons, mais ne remplace pas les battles ou les sessions, et ça ne doit pas la remplacer. Et surtout, j’ai besoin de ça pour me nourrir, les créas, m’inspirent et me motivent, les battles resteront toujours ma base.”


 Peux-tu nous parler de la formation EOTO playground de ton collectif Ruthless?

Hendrickx : “Avec Mouss, Chris Sarr, Oumar Diallo et Flora Chassang , on a créé une formation pour les danseurs street, parce que nous, on a eu la chance d’avoir des formations et des choses mises en place qui nous ont ouvert des portes, mais aujourd’hui, en Belgique, il y a eu un gros trou. Pendant un moment, il n’y avait plus de cadre solide dédié aux danses street. Comme on est dans la transmission, on a décidé de le construire nous-mêmes : transmettre, ce n’est pas que via la danse et les battles, c’est aussi donner des outils, une structure et un cadre.

Dans la même logique, j’ai aussi créé Ruthless, un collectif de femmes en danses street, on fait des trainings, des spectacles, et l’idée c’est de pousser les femmes en Belgique, de créer de la visibilité, mais surtout de continuer à transmettre et à faire grandir les gens autour de nous. Aujourd’hui, je vois que les jeunes ont plus de cadres, plus de personnes qui construisent, et je trouve ça cool, donc pour moi c’est important d’en faire partie. Et je le dis clairement : j’essaye d’être active comme je peux, et l’objectif, c’est aussi de former des gens pour qu’ils prennent le relais, qu’ils fassent eux aussi.”


Entre battles et plateaux, Hendrickx Ntela trace une ligne claire,elle veut faire avancer le krump, transmettre et continuer à créer. Avec Blind, elle a signé une première création forte, qui poursuit aujourd’hui sa trajectoire en tournée et sera présentée au Delta le 18 avril 2026.
Pour la suite, Féex et Nùsa sont en développement : les prochaines annonces (dates, partenaires, ouvertures de tournée) seront communiquées au fur et à mesure. Toutes les infos seront à suivre sur le site de Get Down, sur les réseaux, et via la newsletter.



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