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GET DOWN : PENSER LA SUITE

GET DOWN : PENSER LA SUITE

Les enjeux liés au financement et à la pérennisation des activités culturelles s’inscrivent aujourd’hui dans un contexte plus large de revendications politiques et sociales en Belgique. À quelques jours de la manifestation nationale du 9 octobre contre les mesures du gouvernement Arizona, les questions de pouvoir d’achat, de conditions de travail et de politiques publiques résonnent également avec les réalités des travailleur.euse.s de la culture.

Les moyens accordés au secteur culturel et les conditions nécessaires pour permettre aux artistes et aux structures qui les accompagnent de développer leurs activités dans la durée dépassent donc les seules réalités de Get Down. Ils s’inscrivent dans des revendications sociales et politiques entendues lors des actions sociales de grèves et manifestations ce mois d’octobre 2026 à Bruxelles. Le modèle économique de Get Down permet ainsi d’aborder concrètement ces enjeux : comment rester accessible aux artistes tout en assurant la viabilité d’une structure qui les accompagne ?

Entre accessibilité et viabilité économique

Chez Get Down, la majorité des services proposés sont gratuits ou à faible coût. L’agence accompagne des artistes issu.e.s des danses street et club, des styles historiquement moins soutenus par les institutions. Si leur présence dans les programmations et les dispositifs de subvention s’est développée ces dernières années, les écarts avec d’autres secteurs de la culture restent importants. 

À cela s’ajoute un choix qui fait partie de l’essence même de Get Down : accompagner des artistes émergent.e.s sans leur demander de forfait annuel. Ce modèle permet de rester accessible, mais limite aussi les possibilités de revenus propres de l’agence. De fait, l’agence connaît des difficultés spécifiques au croisement de sa philosophie d’accessibilité, du profil des artistes accompagné.e.s et de la réalité économique globale du secteur.

Quelle est la conclusion de cette conjoncture ?  Les aides publiques sont essentielles à la pérennisation de nos activités. Si d’autres sources de financement sont évidemment envisagées pour diversifier les revenus, l’argent public reste une ressource fondamentale permettant de garantir la viabilité de notre structure. Pour Camille, cela implique des réflexions stratégiques, même si la demande d’accompagnement reste très forte et que les projets sont nombreux et intéressants. Elle explique : 

« Il faut réfléchir à cette rentabilité : accompagner peut-être moins d’artistes, mais qui tournent un peu plus, plutôt que d’accompagner beaucoup d’artistes qui ne tournent pas beaucoup ». 

Après avoir accompagné neuf artistes la saison passée, Get Down en accompagne aujourd’hui huit. L’objectif n’est donc pas de multiplier les projets, mais de pouvoir proposer un accompagnement plus qualitatif, avec davantage de temps consacré à chaque artiste et, à terme, davantage de dates de tournée.

Financer l’activité 

Aujourd’hui, les aides publiques restent essentielles à la continuité de Get Down. L’agence bénéficie notamment d’un contrat de services de la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui arrive à terme en 2026. Une demande de renouvellement a été introduite le 1er mars, avec une demande de financement supérieure au montant actuel afin de pouvoir renforcer l’équipe et développer les activités. La réponse sera donnée courant novembre. 

« Avec le montant accordé pour le moment, c’est un peu le serpent qui se mord la queue ». 

Certes, le financement actuel permet de faire fonctionner la structure, mais ne suffit pas encore à assurer l’ensemble des postes nécessaires à son développement : Camille travaille à temps plein sur un contrat à quatre cinquièmes et Marta est à mi-temps. L’objectif serait notamment de pouvoir consolider ces postes et de renforcer la communication et la diffusion avec un autre contrat à mi-temps. Get Down attend également une réponse concernant un dossier introduit auprès de la COCOF, pour la Région de Bruxelles-Capitale. Ces décisions seront déterminantes pour permettre à l’agence de construire un budget prévisionnel sur les prochaines années.

En parallèle, Get Down cherche à développer d’autres sources de revenus. Des accompagnements ponctuels payants existent déjà, mais restent volontairement limités afin de préserver le temps consacré aux artistes accompagnés sur le long terme. L’agence prévoit également d’intégrer davantage de lignes de diffusion et de production dans les budgets des créations qu’elle accompagne. Cependant, pour Camille il reste très important de ne pas fragiliser les projets artistiques : si le budget d’une création diminue, Get Down réajuste son propre modèle plutôt que de demander à l’artiste de compenser.

« On va repenser les budgets ensemble et on va toujours aller dans le sens qui permet à l’artiste de faire sa création. C’est un équilibre entre garder les valeurs, accompagner les artistes et, en même temps, être viable et rentable. »

La diversification passe aussi par de nouvelles pistes de financement. Début octobre, Camille a notamment suivi une formation auprès de Prométhéa autour du mécénat d’entreprises. L’objectif est d’explorer d’autres sources de financements et collaborations avec des entreprises, tout en restant attentive à la cohérence entre les partenaires et les valeurs de Get Down. 

La vision pour l’avenir : toujours la même mais plus solide

« Dans le contexte actuel, cela doit nous permettre de faire vivre la mission pour laquelle Get Down a été créée : visibiliser les projets des artistes, leur réalité, leur représentation, leurs récits, et créer d’autres collaborations avec des lieux. Continuer ce qu’on fait, mais en mieux, avec de la qualité, en gardant toujours les mêmes intentions. Ça ne bougera pas. »

Quel que soit le montant des financements obtenus, l’enjeu pour les prochaines années n’est pas de transformer fondamentalement le projet de Get Down, mais de mieux le structurer, de l’ancrer et de pérenniser son activité. Cela passe notamment par une vision plus claire des valeurs de l’agence, des artistes accompagné.e.s, des raisons et de la durée des accompagnements. L’objectif est aussi de renforcer la gouvernance, avec notamment l’idée d’intégrer des personnes ressources au sein d’un comité consultatif rattaché à l’assemblée générale.

Les permanences resteront également au programme, avec l’envie de développer davantage les ateliers. Camille souhaite aussi développer certains projets comme un podcast imaginé depuis le premier contrat de services, consacré aux métiers qui entourent les projets artistiques, notamment la diffusion, la production et la technique, à travers des retours d’expérience de personnes du secteur culturel. Un autre projet en réflexion : un cahier pratique destiné aux artistes, pensé comme un outil pour les accompagner dans différentes étapes de leurs projets. 

Pour Get Down, l’enjeu des prochaines années est donc de consolider ce qui existe déjà, tout en développant de nouveaux outils et de nouvelles façons de transmettre. Avec toujours la même priorité :

« Je veux vraiment répondre au mieux à leurs envies et à leurs objectifs dans leur parcours artistique et leur projet de création. J’ai vraiment envie que les pièces puissent tourner, être vues et que les artistes aillent à la rencontre des publics. C’est cela qui permet de semer des petites graines. Et pas seulement en Belgique, mais vraiment au niveau international également.»



* Cet article est basé sur une interview de Camille Philippot, fondatrice et coordinatrice générale de Get Down, réalisée par Jeanne Carella le 24/10/2026.

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